La circulaire du 2 juillet 2026 étend aux lycées le principe d’interdiction du téléphone portable déjà en vigueur dans les écoles et collèges depuis 2018. Cette mesure, qui entrera en application à la rentrée 2026, s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place des écrans dans la vie des adolescents. Pour les enseignants de sciences physiques qui avaient intégré le smartphone comme instrument de mesure dans leurs pratiques, elle pose une question concrète : comment continuer à faire de l’expérimentation avec les capteurs dont on disposait ?

Une tendance mondiale

La France n’est pas pionnière en la matière. Selon les données de l’UNESCO, 114 systèmes éducatifs dans le monde disposent désormais d’une interdiction nationale du téléphone portable à l’école, soit 58 % des pays. Cette proportion a plus que doublé en trois ans : moins d’un pays sur quatre avait une telle mesure en juin 2023.

Les Pays-Bas ont interdit le smartphone dans les établissements secondaires en janvier 2024, puis étendu la mesure au primaire quelques mois plus tard. Après une année complète d’application, une enquête révèle que 75 % des élèves du secondaire trouvent plus facile de se concentrer et 59 % estiment que l’environnement social s’est amélioré. L’Italie interdit le téléphone en classe depuis 2007 et a renforcé cette interdiction récemment, y compris pour les usages pédagogiques. Le Royaume-Uni a publié en février 2024 des recommandations nationales encourageant les établissements à interdire le téléphone. Au Canada, au moins neuf provinces ont mis en place des restrictions pour l’année scolaire 2024-2025. L’Australie a généralisé l’interdiction dans tous ses États. La Belgique, la Finlande, la Hongrie, le Chili, le Danemark et la Corée du Sud ont également adopté ou renforcé des mesures similaires ces dernières années.

Dans tous ces pays, FizziQ et les autres outils d’expérimentation scientifique continuent d’être utilisés, que ce soit sur tablettes, ordinateurs ou avec des dérogations pédagogiques. L’interdiction du smartphone personnel n’a pas mis fin à l’expérimentation assistée par le numérique. Elle a simplement conduit les enseignants à s’adapter.

Ce que dit le texte français

L’article L. 511-5 du Code de l’éducation, tel qu’il sera modifié, pose un principe d’interdiction de l’utilisation du téléphone portable et des objets connectés par les élèves dans l’enceinte des lycées. L’objectif affiché est double : améliorer le climat scolaire et la concentration des élèves, et réduire les risques liés au cyberharcèlement.

Mais le texte n’est pas une interdiction absolue. Le vadémécum publié par le ministère est explicite : « l’objectif n’est pas de bannir tout usage des téléphones portables ou des autres objets connectés mais de garantir un cadre propice aux apprentissages en encadrant et régulant l’utilisation ». Deux types d’exceptions sont prévus : les usages médicaux, automatiquement autorisés, et les dérogations que chaque établissement peut inscrire dans son règlement intérieur pour permettre des usages pédagogiques.

Ce que disent les études

Les travaux scientifiques sur l’impact du smartphone chez les adolescents se sont multipliés ces dernières années, et leurs conclusions convergent sur plusieurs points.

L’étude IPSOS 2025 réalisée pour le Centre national du Livre révèle que les jeunes de 15 à 19 ans passent en moyenne 5h19 par jour sur écran, une durée qui s’accroît d’année en année. Le rapport de la commission « Enfants et écrans, À la recherche du temps perdu », remis au Président de la République en avril 2024, documente les effets de cette exposition sur l’attention, la concentration et la construction de l’esprit critique. Il préconise explicitement la création d’espaces « sans portable » dans les lycées.

Une méta-analyse publiée dans Educational Psychology Review (Amez & Baert, 2020) portant sur 36 études conclut à une corrélation négative significative entre l’usage du smartphone et les performances scolaires. L’étude de Beland et Murphy (2016) sur des lycées britanniques ayant interdit le téléphone montre une amélioration des résultats aux examens équivalente à une heure d’enseignement supplémentaire par semaine, avec un effet particulièrement marqué chez les élèves en difficulté.

Au-delà des résultats scolaires, c’est la qualité des interactions sociales qui est affectée. Lors d’une visite dans un lycée professionnel, un enseignant nous confiait : « Avant les smartphones, les élèves discutaient dans le hall avant les cours, il y avait de l’animation, des échanges. Maintenant, regarde : ils sont tous assis côte à côte, et chacun fixe son écran. » Cette observation, que beaucoup d’enseignants partagent, illustre un paradoxe : l’outil de communication par excellence a réduit la communication en face à face.

Ce que disent les études sur le smartphone en sciences

Les recherches sur l’utilisation pédagogique du smartphone en cours de sciences racontent une autre histoire. Une revue systématique publiée dans l’European Journal of Physics (2025) recense 226 études sur les « Smartphone-Integrated Physics Labs » entre 2011 et 2024. Les conclusions sont globalement positives.

En Thaïlande, une étude menée à l’université Walailak auprès de 254 étudiants en ingénierie montre des résultats supérieurs dans les semestres utilisant le smartphone comme outil de mesure. En Indonésie, des travaux sur l’application Phyphox dans les lycées révèlent une amélioration significative des compétences scientifiques des élèves (score moyen de 72,08, p < 0,05). En Allemagne, à l’université de Göttingen, une étude sur 160 étudiants réalisant des projets expérimentaux avec smartphone montre un taux de complétion de 90 % et un renforcement de l’autonomie et de la curiosité scientifique. Une enquête à grande échelle menée à Prague auprès de 2 000 étudiants suggère même que l’utilisation du smartphone réduit l’anxiété face aux sciences, particulièrement chez les filles.

Une étude comparative publiée dans Physics Education (2024) sur l’écosystème FizziQ confirme que ces outils sont perçus comme intuitifs par les étudiants et favorisent l’engagement dans la démarche expérimentale. Les chercheurs soulignent toutefois que le smartphone ne remplace pas le laboratoire traditionnel : il le complète, en étendant les possibilités d’expérimentation au-delà des horaires et des murs de la classe.

Un arbitrage à relativiser

Ces résultats encourageants doivent cependant être mis en perspective. Les sciences physiques ne représentent qu’une fraction du temps scolaire. Dans toutes les autres disciplines, le smartphone n’a pas d’usage pédagogique évident qui justifierait sa présence en classe. L’argument de l’expérimentation scientifique, aussi valide soit-il, ne concerne que quelques heures par semaine.

Reste la question de l’intelligence artificielle, parfois invoquée comme justification d’un accès permanent au smartphone. L’IA générative peut effectivement aider un élève à comprendre un concept ou à reformuler un cours. Mais elle pose aussi des questions inédites : dépendance cognitive, contournement de l’effort d’apprentissage, difficulté pour l’enseignant à évaluer ce qui vient de l’élève et ce qui vient de la machine. Sur ce terrain, l’interdiction du smartphone en classe n’est peut-être pas une mauvaise chose : elle préserve un espace où l’élève doit mobiliser ses propres ressources.

La mesure pose donc un arbitrage entre deux objectifs légitimes : réduire l’exposition aux écrans et favoriser l’expérimentation scientifique. Pour les enseignants de sciences, l’enjeu n’est pas de contester la pertinence globale de l’interdiction, mais de trouver les moyens de continuer à faire expérimenter leurs élèves.

Pourquoi l’expérimentation reste essentielle

L’expérimentation n’est pas un luxe pédagogique. Les recherches en didactique des sciences montrent de manière constante que les séances de travaux pratiques ont un impact positif sur l’intérêt des élèves pour les disciplines scientifiques, sur leur compréhension des concepts et sur leur capacité à raisonner de manière scientifique. Une étude de l’OCDE (PISA 2015) souligne que les élèves qui participent régulièrement à des activités expérimentales développent davantage leur esprit critique et leur goût pour les sciences.

Dans ce contexte, la question posée par l’interdiction du smartphone dépasse le seul cas du téléphone. Elle invite à réfléchir plus largement à la place des outils numériques dans l’enseignement scientifique. Le smartphone était un outil parmi d’autres. Il en existe beaucoup : les tablettes avec leurs capteurs embarqués, les ordinateurs avec leurs capacités d’analyse et de simulation, les microcontrôleurs comme Arduino ou micro:bit qui permettent de construire ses propres instruments de mesure, les boîtiers d’acquisition de données comme FizziQ Connect qui ouvrent l’accès à des capteurs professionnels à moindre coût.

L’enjeu pour les enseignants de sciences est donc de mobiliser l’ensemble de ces ressources pour maintenir, voire enrichir, les possibilités d’expérimentation. Le smartphone avait l’avantage d’être dans la poche de chaque élève. Les autres outils demandent une organisation différente, mais ils offrent parfois des possibilités supérieures : un microcontrôleur permet de mesurer ce qu’aucun smartphone ne mesure, un ordinateur offre un écran plus grand et un clavier plus confortable pour l’analyse des données, une tablette de l’établissement évite les problèmes de compatibilité entre modèles.

Les solutions pour continuer à expérimenter

La dérogation pédagogique

Le règlement intérieur peut prévoir des exceptions pour les usages pédagogiques encadrés. Un enseignant souhaitant utiliser les smartphones en TP de physique peut demander l’inscription d’une telle dérogation, en précisant les circonstances de temps, de lieu et l’objectif poursuivi. Cette voie demande une démarche administrative, passage par le conseil d’administration et le CVL, mais elle reste possible.

En pratique, cette option convient aux enseignants qui utilisent ponctuellement le smartphone pour des expériences spécifiques. Elle suppose un cadrage clair : les élèves récupèrent leurs téléphones au début du TP et les restituent à la fin, en mode avion.

FizziQ Web sur ordinateur

Pour les établissements disposant d’une salle informatique ou d’ordinateurs portables, FizziQ Web offre une alternative native. Accessible directement depuis un navigateur à l’adresse https://fizziqweb.web.app, sans installation ni création de compte, cette webapp reprend les fonctionnalités de l’application mobile tout en tirant parti des écrans d’ordinateur.

L’analyseur audio de FizziQ Web permet d’étudier des sons avec le microphone de l’ordinateur : spectrogramme, détection de fréquence, niveau sonore. L’analyse vidéo permet de pointer des chronophotographies ou des vidéos pour étudier des mouvements. Le cahier d’expériences intègre un tableur scientifique, des graphiques et un éditeur avec reconnaissance LaTeX.

Les ordinateurs n’ont pas tous les capteurs d’un smartphone, mais pour l’acoustique, la cinématique et le traitement de données, FizziQ Web couvre l’essentiel des besoins du programme.

Les tablettes de l’établissement

De nombreux établissements disposent de flottes de tablettes. Ces appareils contiennent les mêmes capteurs que les smartphones, accéléromètre, gyroscope, magnétomètre, et peuvent exécuter les applications FizziQ ou Phyphox. Puisqu’il s’agit de matériel de l’établissement et non d’objets personnels, leur utilisation n’entre pas dans le champ de l’interdiction.

Cette solution présente l’avantage de la simplicité : pas de dérogation à demander, pas de configuration spécifique. Elle dépend en revanche de l’équipement de l’établissement et suppose une organisation pour la distribution et la récupération du matériel.

FizziQ Connect et les capteurs externes

Pour les mesures que ni l’ordinateur ni la tablette ne permettent, pH, CO2, température de précision, conductivité, FizziQ Connect offre une solution d’expérimentation assistée par ordinateur à coût réduit. Le boîtier se connecte en Bluetooth ou USB à FizziQ Web ou à l’application mobile sur tablette, et accepte une large gamme de capteurs du commerce.

Cette approche transforme l’ordinateur de la salle informatique en station d’acquisition de données, sans dépendre des capteurs embarqués dans un smartphone. Elle ouvre aussi des possibilités que le téléphone ne permettait pas : mesures de radioactivité, sondes de température pour la calorimétrie, capteurs de qualité de l’air.

Adapter sa pratique

La transition demandera une adaptation. Les enseignants qui avaient construit leurs séquences autour du smartphone devront modifier certains protocoles. Mais les outils existent, et la plupart des expériences restent réalisables avec les alternatives décrites.

Pour les expériences utilisant l’accéléromètre en mouvement, comme l’étude d’un ascenseur ou d’un manège, la tablette de l’établissement sera la solution la plus directe. Pour l’analyse acoustique ou cinématique en salle, FizziQ Web sur ordinateur suffira dans la majorité des cas. Pour les mesures chimiques ou environnementales, FizziQ Connect prendra le relais.

L’essentiel est de ne pas renoncer à l’expérimentation. Les capteurs des smartphones ont permis de démocratiser la physique expérimentale. Cette démocratisation peut se poursuivre avec d’autres outils, à condition d’anticiper la transition.

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